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Les maladies non transmissibles (MNT) sont responsables de 74% des décès dans le monde. Le coût très élevé de leur prise en charge fait basculer chaque année des millions de personnes dans la pauvreté. Que faire face à ce fléau ? Comment prévenir ces maladies, dont certaines peuvent être liées à des pratiques alimentaires à risque, à la dénutrition, au surpoids et à l’obésité ? Décryptage dans cet article.

Les maladies non transmissibles, qu’est-ce que c’est ?

Aussi appelées « maladies chroniques », les maladies non transmissibles (ou MNT) sont des maladies de longue durée qui, en général, évoluent lentement. Les principales MNT sont les maladies cardiovasculaires, les cancers, les maladies respiratoires chroniques et le diabète. On les surnomme les « quatre grandes tueuses » parce qu’elles constituent à elles seules la première cause de décès et d’incapacité dans le monde. Les troubles mentaux et neurologiques font aussi partie des principales MNT depuis 2018.

Des conséquences sur la santé des individus et le développement économique des pays

Les maladies non transmissibles sont à l’origine de 41 millions de décès chaque année, dont 17 millions sont prématurés, c’est-à-dire qu’ils surviennent avant 70 ans. Le fardeau est plus élevé dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où l’on recense plus de 85% des décès prématurés dus à ces maladies [1].

ll existe un lien étroit entre la pauvreté et les MNT et leur croissance rapide peut faire obstacle aux actions de réduction de la pauvreté engagées dans les pays à faible revenu. L’absence de système de protection sociale, les difficultés d’accès aux soins entraînant des diagnostics tardifs, le coût très élevé de traitements longs à la charge des ménages, font basculer chaque année des millions de personnes dans la pauvreté.  Par ailleurs, certains facteurs de risque des MNT sont plus répandus dans les communautés les plus pauvres que dans celles dont le statut socio-économique est élevé[2].

Réduire les facteurs de risque

Selon l’OMS, un moyen important de lutter contre les MNT consiste à se concentrer sur la réduction des facteurs de risque associés à ces maladies. L’urbanisation rapide et non planifiée, la mondialisation des modes de vies défavorables à la santé et le vieillissement des populations alimentent le développement des MNT dans le monde. Les facteurs de risque modifiables de ces maladies comprennent l’usage nocif de l’alcool, l’alimentation malsaine, l’activité physique insuffisante, et le tabagisme. Les enfants, les adultes et les personnes âgées sont tous vulnérables à ces facteurs. Un dossier de l’UNSCN[3] souligne que « la hausse de la prévalence de l’obésité, la consommation accrue d’aliments de mauvaise qualité et la dénutrition omniprésente contribuent à l’expansion des MNT».

Le double fardeau nutritionnel

« Nos pays d’intervention ne sont pas épargnés par cette problématique », explique Sophie Renault, responsable de projets nutrition santé au Gret.  « La coexistence de différentes formes de malnutrition chez un même individu ou dans un même ménage, avec des troubles associés à la sous-nutrition comme les carences en micronutriments et la maigreur, ou des troubles associés à la surcharge pondérale et au surpoids, est aussi appelée le double fardeau nutritionnel. S’il reste absolument nécessaire de continuer à prévenir la sous-nutrition, il est devenu urgent de prendre en compte plus largement certains facteurs de risque des MNT comme le surpoids, l’obésité, l’alimentation malsaine et l’inactivité physique dans les projets de développement en faveur de la santé et de la nutrition. En s’attaquant à ces facteurs de risque, on brasse large car cela permet d’augmenter les chances de prévenir un certain nombre de problèmes de santé, dont une part des MNT ».

Des chiffres alarmants sur le surpoids et l’obésité

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2022, au niveau mondial, 148,1 millions d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique, tandis que 45 millions souffrent d’émaciation (maigreur) et 37 millions sont affectés par le surpoids. Ce dernier chiffre était de 33 millions en 2000. « Alors que le nombre d’enfants atteints de maigreur diminue, le nombre d’enfants en surpoids augmente. Il est fort possible qu’il continue d’augmenter pour dépasser le nombre d’enfants atteints de maigreur ou, tout du moins, l’atteindre, ce qui est vraiment alarmant », précise Sophie Renault. Selon l’OMS, l’obésité et le surpoids chez les enfants peuvent en effet avoir des répercussions tout au long de la vie, engendrant des troubles de la santé mentale et le développement de MNT à l’âge adulte.

Parmi les 37 millions d’enfants en surpoids, plus d’un quart vivent en Afrique et presque la moitié en Asie. La prévalence de l’obésité dans la région Afrique de l’Ouest est de 2,4%, soit 1,7 millions d’enfants de moins de 5 ans, et de 7,4% en Asie du sud-est, soit 4,1 millions.

Les tendances pour les adultes sont tout aussi préoccupantes. Dans la région de Bamako au Mali, par exemple, 45,8 % des femmes sont en surpoids ou obèses, tandis que 48 % sont anémiées.

Ces chiffres[4], souvent méconnus, illustrent bien la problématique du double fardeau nutritionnel.

Les pratiques alimentaires à risque

Dans ses pays d’intervention, le Gret travaille à l’identification des pratiques alimentaires à risque. Une étude conduite à Bamako a montré que 33% des enfants âgés de 9 à 11 mois consommaient des chips une à plusieurs fois par semaine et que 25% des enfants de 21 à 23 mois consommaient quotidiennement une boisson gazeuse. Il ressortait de cette étude que faire plaisir à l’enfant était une préoccupation importante des parents, mais – fait encourageant – que la connaissance des risques permettait de faire diminuer ces pratiques.

Selon une autre étude menée par le Gret, on apprend que les femmes en âge d’avoir des enfants dans les villes sahéliennes constituent une population à risque non seulement vis-à-vis des carences mais aussi du surpoids et de l’obésité. En cause, notamment, le peu d’activité physique, le grignotage en dehors des repas et une représentation du corps idéal qui demeure encore plutôt favorable à l’embonpoint.

Si la compréhension de ces pratiques et des facteurs qui les influent est importante, celle de leurs déterminants au niveau global l’est tout autant. Il est notamment difficile d’ignorer les impacts négatifs de la vente et du marketing de produits malsains et ultra-transformés quand il s’agit de prévenir les maladies non transmissibles. D’où la nécessité de travailler également sur l’environnement dans lequel évoluent les populations. Les pratiques résultent d’un ensemble de facteurs : connaissances, compétences, influence des proches, facteurs culturels, accès aux aliments, offre alimentaire, accès et disponibilité des services de santé, environnement favorable à l’adoption d’une alimentation équilibrée et à l’activité physique, politiques sociales, sanitaires et publiques, etc. Les champs d’intervention sont donc larges et nécessitent la collaboration de tous les secteurs, notamment ceux de la santé, des finances, des transports, de l’éducation, de l’agriculture et la planification.

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