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Un élève sur deux arrive en classe le ventre vide. La plupart des redoublants dorment mal. À la Faculté de Médecine de l’Université Cheikh Anta Diop, des spécialistes du cerveau sont sortis de leurs laboratoires pour expliquer aux élèves de Dakar pourquoi ces deux habitudes pèsent plus lourd qu’on ne le croit sur les résultats scolaires.

On les croit faits pour réviser. Ils sont faits pour dormir. C’est le message, répété plusieurs fois, qu’ont adressé les neurologues de Dakar à des élèves de différents collèges de la capitale et à leurs professeurs, réunis à la Faculté de Médecine de l’UCAD. Une rencontre placée sous un thème unique : le cerveau. Son anatomie, son fonctionnement, et surtout la manière dont on l’use — ou dont on le ménage.

À travers trois exposés, les spécialistes ont déroulé un même fil : l’anatomie fonctionnelle du cerveau, son rôle dans la vie quotidienne, et les habitudes qui décident, en silence, d’une réussite ou d’un redoublement. Le choix de sortir des hôpitaux et des laboratoires répond à une décision prise par les neurosciences au plan mondial : aller vers le public plutôt que l’attendre.

Un véhicule sans carburant

Le constat le plus alarmant porte sur le premier repas de la journée. La moitié des élèves partent à l’école le matin sans avoir mangé.

Pour le professeur Amadou Gallo Diop, l’image est frappante : « C’est comme quand on veut démarrer un véhicule sans mettre de carburant. » Le petit déjeuner, rappelle-t-il, « est le repas le plus important de la journée ». C’est lui qui réveille à la fois le cerveau et le corps, et qui rend possible ce qu’on attend ensuite d’un élève : écouter, comprendre, retenir.

Sans ce carburant, la matinée entière — celle où se concentrent justement les cours les plus exigeants — se joue à vide.

La nuit, le cerveau range ses leçons

L’autre erreur a la peau dure, parce qu’elle se confond avec le zèle : travailler la nuit. Beaucoup d’élèves sont convaincus que c’est en veillant qu’ils mémorisent le mieux. Le professeur Mansour Ndiaye, spécialiste en neurologie, corrige cette intuition : c’est en réalité la nuit que les surplus de mémoire se développent, et que les neurones travaillent à consolider ce qui a été appris dans la journée.

Autrement dit, la nuit n’est pas un temps perdu à côté des études. C’est le moment où les études se fixent.

Le professeur Amadou Gallo Diop enfonce le clou et invite les apprenants à éviter de travailler la nuit, qui, selon lui, « est faite pour dormir ». Sa recommandation tient en une phrase : « Il faut travailler, étudier les leçons et organiser son emploi du temps pour la journée. »

Sept heures, un seuil à ne pas franchir

Combien de sommeil ? Au minimum sept heures par nuit. En dessous, prévient le neurologue, l’impact devient négatif sur le fonctionnement du cerveau et sur la santé en général.

Le lien avec les résultats n’a rien de théorique. Il a été démontré, souligne le professeur Diop, que les élèves en retard, redoublants ou en situation d’échec scolaire souffrent, dans leur majorité, d’un mauvais sommeil — en qualité comme en quantité. La cause fatale est là, dans ces nuits trop courtes et ces matins sans repas.

Bouger le corps, nourrir l’esprit

Les spécialistes n’ont pas limité leurs conseils au sommeil et à l’assiette du matin. Ils ont aussi rappelé l’importance d’une activité physique régulière, au moins trois fois par semaine. Bénéfice immédiat : moins de stress et une meilleure santé. Bénéfice à long terme : une protection contre une bonne partie des maladies chroniques présentes dans nos pays — accidents vasculaires cérébraux (AVC), cancers, diabète, hypertensions artérielles, entre autres.

Sur le régime alimentaire, le message s’adresse autant aux élèves qu’au grand public : adopter une alimentation saine et équilibrée, en limitant les excès de sel, de sucre et de matière grasse.

Une hygiène de vie, pas un effort de plus

Rien de tout cela ne s’ajoute à la charge de l’élève. Tout cela la rend supportable. Une bonne hygiène de vie, insiste le professeur Mansour Ndiaye, améliore directement les performances dans l’apprentissage et dans la mémorisation des cours. Dormir, manger, bouger : trois habitudes qui ne prennent pas une heure de plus sur une journée, mais qui décident de ce qu’un cerveau est capable d’en faire.

Pour les élèves en classe d’examen, la recommandation tient en deux lignes : ne pas sauter le petit déjeuner, et dormir au moins sept heures. Le redoublement se joue souvent moins sur ce qu’on apprend que sur les conditions dans lesquelles on apprend.

Cheikh Tidiane MBENGUE

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